Tectonique du marché français télécom Episode III – l’Autorité de la concurrence opposée au scénario SFR + Free

Depuis le milieu de l’année 2012, le marché français télécom vit au rythme des rumeurs qui entourent l’avenir de SFR et des velléité affirmée de son actionnaire Vivendi de sortir à plus où moins brève échéance des télécommunications.

Telle une série à suspens chaque épisode nous réserve de véritables rebondissements, infos et intox. La chronique annoncée de ce bouleversement du paysage français des télécommunications, occupe et préoccupe bon nombre d’observateurs et d’acteurs, car elle aura des conséquences majeures.

Articles précédents : de la saga

– Tectonique du marché français télécom (Episode I)… quelle fusion pour SFR ? Free ou Numericable

– Tectonique du marché français télécom Episode II – Canal Plus explore son offre triple play

François DUBOS (Président du directoire de Vivendi) a confirmé le 17 décembre 2012,  width=dans un article aux Echos que « nous voulons définir une nouvelle stratégie pour donner un nouvel élan au groupe », sachant que « l’avenir de Vivendi s’inscrit dans les contenus et les médias » dans le but de s’affirmer comme leader européen voire mondial dans ce domaine.

La stratégie de Vivendi semble clairement s’orienter vers des marchés où le monopole lui permet de s’assurer une « rente » de revenus. Par exemple, en faisant l’acquisition de catalogues audiovisuels, musicaux, jeux … et en assurant la commercialisation sous toutes formes des droits. L’HADOPI en France et les lois anti-piratage ailleurs en Europe et en Amérique du nord, combinées avec le développement de plateformes d’offres nouvelles (Netflix, Itunes, Youtube, Deezer …) ont en quelques années changé la donne. Face aux géants comme Google ou Apple, Vivendi souhaite clairement se positionner comme un acteur incontournable des « catalogues de contenus » pour se doter d’une position de force dans l’écosystème numérique.

Mais avec une telle perspective stratégique, la place des télécommunications au sein du groupe Vivendi, est remise en cause.

D’une part, c’est un secteur fortement concurrentiel (arrivée de Free Mobile …) qui réduit les marges. D’autre part, il mobilise de très importants cashflow et offre dans les conditions actuelles de trop lointain et incertain « retour sur investissement » (licences, investissements 4G, investissement Fibre optique …). Enfin, « last but not least », les plateformes de commercialisation de contenus (apps store …) deviennent mondiales et les box internet des FAI font de plus en plus figure de « ligne Maginot numérique ». De plus, dans le secteur du mobile la bataille s’est déplacée vers les fournisseurs de smartphone et de tablette qui dominent de plus en plus le marché. Donc l’intérêt de demeurer Fournisseur d’Accès Internet fixe et mobile dans quelques pays s’avère moindre pour le nouveau positionnent de Vivendi.

Pour Vivendi, il devient plus que jamais évident que les télécommunications ne sont plus au coeur de sa stratégie qui vise désormais la constitution de rentes de long terme autour de contenus exclusifs et en diversifiant ses revenus autour de ses catalogues.

Comme le confirme François DUBOS vu le contexte du secteur des télécommunications en France, « nous allons fatalement à terme vers une restructuration du secteur … ».

La conséquence d’une sortie anticipée d’un géant comme Vivendi sur le paysage français des télécoms est un bouleversement majeur qui ne peut laisser indifférent les autorités nationales. C’est le cas de l’Autorité de la Concurrence qui suit de très près ce dossier tout comme l’ARCEP – article BFM Business (Jamal HENNI – 2 janvier 2013)Fusion SFR-Free : le gendarme dit non !

De plus, la volonté politique de privilégier une « solution française » rend l’exercice particulièrement délicat. Les acteurs français potentiellement intéressés sont eux motivés pour réduire la concurrence en fusionnant leurs activités (Numéricable+SFR, Free+SFR, Bouygues+SFR …).

La France est un marché encore très protégé, le seul grand marché en Europe sans concurrence étrangère. Mais l’impact politique d’une arrivée d’investisseur étranger est jugé trop négatif pour que ce scénario soit soutenu.

Alors, la machine à scenarii tourne en rond, telle une arlésienne, le schéma d’un mariage « Numéricable + SFR » revient puis repars.

Si un montage par endettement (type LBO) sur les 5 à 10 prochaines années est retenue, la capacité de l’opérateur à investir dans les réseaux de nouvelle génération sera très réduite. Cette option fragiliserait plus que jamais le scénario de co-investissement pour la fibre, déjà mis à mal par le changement de politique dans le FTTH de FREE. D’autres mécanismes seraient alors à privilégier, notamment via des fonds d’infrastructures aux côtés des collectivités locales.

En attendant, d’en savoir plus, d’ici la prochaine assemblée générale du groupe Vivendi au printemps 2013, les informations ne manqueront pas d’alimenter la chronique.

De facto, les réseaux d’initiatives publiques (RIP) des collectivités locales et Orange vont se retrouver au premier rang pour relever ce défi de la nouvelle génération des réseaux Fibre optique !

Dans ce contexte, la feuille de route gouvernementale de fin février 2013 sera d’autant plus stratégique. Il s’agit de doter la France d’un écosystème favorable au développement de son économie à travers les nouveaux réseaux numériques.

02 Jan 2013