Le développement des projets Smart City en France

Depuis quelques années, le concept de Smart City est mis à l’essai dans certaines métropoles françaises comme Dijon, Angers ou encore Nice. Cette nouvelle typologie de projet prend de plus en plus d’ampleur, en lien avec le phénomène de métropolisation.

Ainsi, la  gestion des réseaux et des problématiques urbaines se fait de plus en plus à l’échelle de grandes aires urbaines. A ce titre, ces dernières années ont vu apparaître de plus en plus de projets Smart City d’envergure, sur des sujets divers tels que : 

  • la mobilité urbaine, 
  • la connectivité, 
  • la gestion des réseaux énergétiques, 
  • la préservation de l’environnement, 
  • la valorisation des datas, etc.

Si la Smart City se présente comme une solution globale pour rendre les villes plus intelligentes, durables, et humaines, que se cache-t-il derrière cette notion ?

Qu’est-ce qu’une Smart City ?

Le terme de Smart City, traduit par « ville intelligente » en français, est un concept apparu au début des années 2010. Il propose d’apporter une dimension numérique au terme de ville durable : le numérique est ici vu comme un outil d’amélioration de la vie urbaine, et non comme une fin en soi, mais il amène tout de même un réel impact technologique, organisationnel et même humain sur la ville.

Selon le Parlement Européen, une ville intelligente est « une ville qui cherche à répondre aux questions d’intérêt général par des solutions numériques, permises grâce à un partenariat entre une multitude d’acteurs ».

Dans cet idéal, la métropole du futur sera donc une ville construite avec intelligence et bon sens, qui mettra à profit les nouvelles technologies du numérique et la data pour répondre sur le long terme aux besoins des habitants.

Mais la Smart City ne se limite pas seulement aux solutions technologiques. Pour rendre une ville intelligente, l’humain doit être remis au cœur de la ville, avec l’implication des citoyens dans tous les aspects de leur quotidien : que ce soit avec la mobilisation de l’intelligence collective, la participation citoyenne ou encore l’innovation ouverte.

Comment fonctionne une Smart city ?

La Smart City de demain est une ville dont les fondations reposent sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). L’analyse intelligente et l’utilisation de la data récupérée depuis des capteurs sur les infrastructures permettront d’améliorer la qualité de vie des citadins en rendant la ville plus adaptative et donc plus efficiente.

Cependant, si ces solutions technologiques facilitent la prise de décision des administrateurs, elles devront être couplées avec une stratégie plus globale de la ville pour répondre aux besoins des citoyens sur le long terme et devenir véritablement « intelligentes ».

Pour ce faire, la Smart City devra développer des technologies qui permettront d’informer et de faire participer ses citoyens, qui ne seront plus de simples consommateurs ou usagers, mais de véritables parties-prenantes de la ville. Des projets d’initiative citoyenne, financés en partie par la ville et en partie par les citoyens, permettront d’impliquer les habitants dans le développement de leur quartier.

Il s’agit donc de repenser la gouvernance de la ville vers un modèle plus participatif, qui prend en compte aussi bien les besoins et idées des habitants que les initiatives privées. La mise en place de partenariats public/privé permettra en effet de doter les villes d’infrastructures, d’installations communautaires et de services connexes dont elles pourraient ne pas être capables d’assumer seules les coûts.

Cette capacité à assurer une gouvernance transversale, permettant une collaboration de l’ensemble des acteurs de la ville, sera un atout majeur pour rendre les villes plus prospères, plus attractives, et plus intelligentes.

Quels sont les enjeux et les défis de la Smart City ?

Aujourd’hui, selon le baromètre 2018 du syndicat Syntec numérique sur la transition numérique des territoires, près de 92% des collectivités de plus de 5 000 habitants auraient déjà lancé au moins un projet “Smart City”.

Cela ne concerne pas uniquement les grandes métropoles, des petites collectivités rurales se lancent dans des projets de “smart village” en équipant certaines infrastructures de capteurs et en valorisant la data collectée au sein d’un écosystème local comme le projet Smart Paesi mené en Corse autour d’un réseau bas débit et de capteurs IoT.

Chez les citoyens, l’attente est elle aussi élevée puisque, selon un sondage Ifop mené en 2015, ce sont 78% des Français qui jugent le développement numérique de la ville comme important voire prioritaire.

Une Smart City est-elle une ville durable ?

La Smart City : un facteur d’économies

Les premières expériences auprès des métropoles montrent que, lorsque ces dernières investissent dans des projets Smart City, le retour sur investissement est toujours au rendez-vous : les économies générées, couplées parfois avec une véritable rentrée d’argent, compensent largement les investissements de départ.

L’exemple le plus pertinent est celui de l’éclairage public intelligent, qui est aujourd’hui le premier poste d’investissement au sein des projets Smart City. Il permettrait de réaliser jusqu’à 30% d’économies en termes de consommation évitée et de coût de maintenance réduit.

Plus globalement, la Smart City devrait permettre de réaliser 20 à 40% d’économies simplement en jouant sur les écogestes, le suivi en temps réel des consommations énergétiques, et une gestion centralisée des différents réseaux énergétiques (ex : smartgrids), des réseaux d’eau et des réseaux de transport.

La réduction des coûts serait ainsi le premier déclencheur d’un projet public d’investissement Smart City pour 56% des collectivités en ayant réalisé un.

La Smart City : faciliter le fonctionnement interne des collectivités

En plus de permettre à une collectivité de réduire ses coûts de fonctionnements, la mise en place d’une Smart City impacte l’efficience des services publics, en facilitant le quotidien des agents sur le terrain. La simplification des processus et le pilotage intelligent des infrastructures permettent l’optimisation du temps des agents, l’automatisation de la gestion de certaines infrastructures et offre ainsi la possibilité de mettre en place de nouveaux projets de service public.

La Smart City : une opportunité pour les acteurs privés

Le développement de la Smart City est également une opportunité formidable pour les acteurs du secteur privé. D’ici 2020, le marché de la Smart City dans le monde est estimé entre 400 et 1 600 milliards de dollars américains.

De plus, les entreprises bénéficieront directement ou indirectement de tous les avantages permis par la Smart City en termes de réseaux d'infrastructures et de solutions numériques en général.

Cependant, un point important pour le bon développement des innovations Smart City est de doter les entreprises concernées d’une vitrine ouverte et officielle pour les faire connaître du grand public et des investisseurs du territoire.

C’est dans cet objectif que Tactis a développé, avec la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR) et l’association Villes de France, la plateforme Smart Observatoire : une plateforme disponible en open data qui vise à faciliter la connaissance des initiatives innovantes dans les smart territoires.

Comment devenir une ville intelligente ?

Les territoires ont un rôle central dans l’avènement de la Smart City. Afin de favoriser cette dernière, diverses actions sont à mettre en œuvre, aussi bien dans les grandes métropoles que dans les territoires ruraux :

-        Décloisonner les services : les projets de type Smart City nécessitent un décloisonnement des services d’un territoire (ex : le transport, l’éclairage public, la santé, etc.) car ils permettent souvent de faire fonctionner ensemble ces divers secteurs, habituellement organisés en silos. 

-        Expérimenter pour innover : les territoires doivent favoriser voire effectuer eux-mêmes l’expérimentation de solutions innovantes (ex : les plateformes Maas développées dans de nombreuses métropoles, les expérimentations autour des véhicules autonomes), ainsi qu’accompagner le développement et le déploiement de celles qui se révèlent pertinentes sur le long terme,

-        Accompagner les populations marginalisées : des dispositifs de médiation numérique doivent être mis en place pour assurer une diffusion des innovations numériques dans l’ensemble de la population, même pour les 13 millions de Français qui seraient encore éloignés du numérique (chiffres Société Numérique),

-        Mutualiser ce qui peut l’être : les coûts d’investissement pour la conception et l’installation des infrastructures de la Smart City peuvent être très élevés, en conséquence nous pensons que les collectivités doivent encourager la mutualisation de certains investissements et de certaines infrastructures (ex : les réseaux FTTH), ainsi que l’utilisation de plateformes Open Data régionales ou nationales,

-        Protéger les données personnelles : le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) impose la nomination d’un délégué à la protection des données personnelles, et responsabilise les collectivités pour garantir la sécurité des données et la confiance des habitants dans les services numériques proposés.

Au niveau national, le rapport « Vers un modèle français des villes intelligentes partagées » préconise vingt mesures au Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères pour favoriser l’avènement des Smart Cities en France :

-        Créer une fondation internationale « French Cité » pour une cité Citoyenne, Innovante, Technologique et Éthique,

-        Créer un label « French Cité »,

-        Organiser un appel d’offres international pluriannuel « Villes Intelligentes Partagées »,

-        Offrir des données ouvertes en coopération décentralisée,

-        Intégrer l’initiative des Nations Unies pour des villes intelligentes et durables,

-        Construire une nouvelle science des villes,

-        Soutenir une communauté épistémique spécialisée,

-        Faire émerger une éducation critique de la ville intelligente,

-        Faire de la francophonie le fer de lance de la culture numérique française,

-        Créer une place de marché pour la diffusion du modèle français,

-        Constituer un Fonds d'étude et d'Aide au Secteur Privé (FASEP) « Villes Intelligentes »,

-        Valoriser la compétence des élus pour des politiques numériques,

-        Mettre le numérique au service de la démocratie locale,

-        Partager des lieux d’intelligence collective d’impact territorial,

-        Construire la ville avec de nouveaux modes de pensée,

-        Lancer une agence européenne de l’innovation à l’écoute des territoires,

-        Concevoir une stratégie locale des données volumineuses,

-        Mutualiser les systèmes d’informations au service des citoyens,

-        Tester de nouvelles gouvernances des industriels face à la convergence des réseaux,

-        Instituer les Solidarités Numériques dans les actions politiques de chaque ville.

L’exemple le plus parlant de cette politique est celui de l’E-Administration. Ainsi, selon le plan Action Publique 2022, ce sont toutes les démarches administratives qui devront être dématérialisées d’ici 2022. Aujourd’hui, ce sont déjà 86% des collectivités qui vont dans ce sens et qui investissent dans la dématérialisation des services publics.  

Sources externes

www.smartgrids-cre.fr

www.cerema.fr

www.lagazettedescommunes.com

www.opendatasoft.com

www.cnil.fr

www.gouvernement.fr

www.lepoint.fr

www.lemonde.fr

https://societenumerique.gouv.fr

Nicolas Potier - Directeur Associé Tactis

Nicolas Potier

Directeur Associé
Nicolas Potier est spécialiste des questions d’aménagement numérique des territoires. Il accompagne depuis 2001, les collectivités locales dans l’élaboration de projets d’infrastructures et d’aménagement numérique, en particulier dans leurs approches stratégiques et technico-économiques.


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Nicolas Potier - Directeur Associé Tactis

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Nicolas Potier est spécialiste des questions d’aménagement numérique des territoires. Il accompagne depuis 2001, les collectivités locales dans l’élaboration de projets d’infrastructures et d’aménagement numérique, en particulier dans leurs approches stratégiques et technico-économiques.