« Pax Mobilis » française : Bouygues l’accord Free qui n a pas suffit à convaincre Vivendi!

Coup de tonnerre autour de la cession de SFR, Bouygues veut se prémunir face aux réticences pressenties de l’autorité de la concurrence

Par Stéphane LELUX – Président de TACTIS width=

Selon le JDD du 9 mars 2014 Bouygues Telecom aurait signé un accord de cession de son réseau d’environ 15 000 antennes à ILIAD la maison mère de Free Mobile. Information confirmée le jour même par ILIAD dans un communiqué de presse.

C’est le « pragmatisme » des frères ennemis des télécoms français qui aurait permis cet accord.

 width= La transaction associée serait de l’ordre de 1,8 milliards d’euros et serait « rentablisée » par FREE MOBILE en moins de 3 ans car le coût annuel de location à Orange est d’environ 600 millions €. De plus, qui ferait gagner 6 à 7 années de déploiement à FREE.

« Pas de retour  YALTA du mobile » selon Maxime LOMBARDINI, mais on peut légitimement imaginer l’émergence d’une « PAX MOBILIS » française qui calmerait le jeu de la concurrence, Stéphane LELUX – TACTIS. Free pourrait sortir grand gagnant de cette opération (article des echos 9 mars 2014)

Cette « PAX MOBILIS » pourrait sonner le retour à un nouveau type d’Oligopole mais très encadré. L’Autorité de la concurrence pourrait être rassurée par cette cession car elle rendrait l’offre Bouygues Telecom pour Fusion avec SFR moins délicate à envisager. Toutefois, elle ne manquera pas d’interroger sur les moyens de réduire le risque d’un retour à un Oligopole Mobile en France. Une solution serait de renforcer les obligations de MVNO et d’ouvertures des réseaux à un partage notamment avec NUMERICABLE qui en dehors d’un accord commercial avec SFR ne dispose pas d’un véritable réseau mobile et se trouverait ainsi fragilisé dans la bataille du quadruple play (fixe+mobile).

Pour VIVENDI la « PAX MOBILIS » pourrait avoir un énorme intérêt celui de rendre crédible le retour à des marges  width=substantielles dans le marché mobile qui reste le cœur du business de SFR. Comme VIVENDI conserverait une part substantielle du nouvel ensemble (32% dans le projet Numericable et 46% dans le projet Bouygues Telecom). Numericable offre une somme en cash légèrement supérieure (0,5 Milliards €).

Cette perspective va certainement peser lourd dans la décision. A l’inverse, SFR pourrait espérer avec Numericable une économie sur le déploiement du FTTH mais avec un risque plus fort de contentieux en cas de non respect des accords sur les 3500 communes de la dense dite  « zone conventionnée » (Cf déclaration de Stéphane Richard PDG d’Orange).

 

C’est aussi pour le gouvernement une option qui pourrait permettre de réduire la bataille des prix qui « détruisait de la valeur » selon plusieurs ministres et mettait en péril à terme l’investissement dans les réseaux (FTTH, 4G…) en France. Pour mémoire Arnaud Montebourg déclarait le 17 janvier 2014 : « Ils se font la guerre sur le dos de l’intérêt général. Hors de question de laisser les prix s’effondrer parce que des milliardaires [les patrons des opérateurs] se querellent sur la place publique », a asséné M. Montebourg, jeudi. « Nous voulons modérer les ardeurs des amoureux du low cost et préserver l’équilibre économique du secteur. Nous attendons que les opérateurs investissent 30 milliards d’euros ces prochaines années pour développer la fibre optique [le très haut débit fixe]. S’ils ne le font pas eux, qui le fera ? »

Si cet accord devait aboutir au choix de l’offre Bouygues Telecom par le management de VIVENDI, les deux perdants immédiats seraient, NUMERICABLE acculé à trouver une alternative mais aussi dans une certaine mesure pourrait perturber le programme d’Olivier HUART (PDG de TDF) de cession des actifs français de TDF (depuis fin 2013 en phase de négociation finale pour cession des actifs français) qui pouvait espérer glaner une part des besoins de déploiement du réseau de FREE MOBILE, même si les contrats d’hébergement des antennes de Bouygues avec TDF seraient conservés cela pourrait perturber la valorisation de ses actifs en France.

Pour Patrick DRAHI et sa filiale Numericable, si Vivendi rejette son offre (rien n’étant à ce stade décidé), il devra rechercher une alternative très rapidement sous peine d’être bloqué dans un le « corner du fixe »:

  • se rapprocher d’ILIAD / FREE pour lui fournir une alternative au FTTH dans les zones conventionnées où FREE n a pas engagé de déploiement de fibre ?
  • se rapprocher d’un acteur étranger, la route passerait d’abord par la renégociation d’un accord MVNO très favorable pour s’assurer une offre « quadruple play » compétitive en profitant de la fusion Bouygues SFR et du rachat du réseau Bouygues par ILIAD.
  • Demander aux autorités l’accès à de nouvelles fréquences pour se lancer dans son propre réseau mobile, Patrick DRAHI qui aurait permis au secteur de sortir par le haut serait-il laissé pour compte ou les autorités françaises chercheront-elles à lui offrir une porte de sortie honorable sous forme d’une compensation ?

Les autorités de la concurrence, l’ARCEP vont avoir du travail.

Les mouvements de tectonique du marché français des télécoms sont loin de s’arrêter.

Articles précédents sur la tectonique du marché français des télécoms :

 

09 Mar 2014