Cession de SFR bataille finale entre Numericable et Bouygues Telecom !

 width=Enchères SFR dépassent les seuls intérêts de VIVENDI

Tectonique du marché français télécom épisode VIII : face aux tentatives de Numericable, SFR fait monter les enchères et Bouygues veut éviter d’être isolé.

Mais derrière ces opérations financières quel oligopole en résultera pour le marché français ?

Les opérations de rapprochement qui se concentrent autour du devenir de SFR au sein de VIVENDI peuvent conduire à une réduction du jeu concurrentiel plus ou moins marqué sur le marché du Fixe ou du Mobile.

Les dernières annonces du groupe Bouygues dans le JDD du 2 mars 2014 « Bouygues déroule  le tapis rouge à SFR » montre que nous sommes entrés dans une phase intense de la tectonique du marché français des télécoms. l’issue ne devrait plus tarder et le rythme des annonces s’intensifier d’ici la prochaine AG du groupe Vivendi au printemps 2014.  Depuis mercredi 4 mars 2014 deux candidats s’opposent dans cette  bataille : le groupe Altice propriétaire de Numericable face à Bouygues Telecom.

Le devenir de SFR aura un impact important sur l’organisation future du secteur des télécom français pour au moins trois raisons stratégiques  :

  • Capitalistique : va t on vers un ouverture à un actionnaire majoritaire basé à l’étranger ou pas ? dans ce cas quel est l’avenir de l’emploi en France et des engagements pris en matière d’investissements (4G dans le mobile et Fibre jusqu’à l’abonné pour le fixe) pour les structures concernées (SFR+Numericable ou autres SFR+Bouygues Telecom …).
  • Concurrentielle Telecom : va t on vers la création d’oligopole que ce soit dans le fixe (cas d’un rapprochement SFR + Numericable) ou dans le mobile (SFR + Bouygues Telecom) ?
  • Concurrentielle Audiovisuelle :  l’impact sur l’audiovisuel français est également un élément au centre du débat. Vivendi possédant Canal+ et Bouygues le groupe TF1, quand à Numericable il est en quasi monopole dans la diffusion audiovisuelle par le câble en France.

Évidemment les réactions des concurrents s’en trouveront fortement influencées. Dans un cas comme dans l’autre le paysage français sera bouleversé. Il faudra également convaincre les Autorités en charge de la Concurrence et l’ARCEP.

Pour Bouygues Telecom, il s’agit de contre-carrer le projet de Numericable qui risque de l’isoler et contraindre à un mariage forcé (avec Iliad ou à un autre, ce qui limite les options si les autorités françaises ne veulent pas voir arriver un acteur étranger …).

Par ailleurs, certains considèrent risqués les montages complexes à base d’importante levée de la dette envisagée par le groupe ALTICE (basée au Luxembourg détenu par Patrick DRAHI) qui peuvent comme pour le rachat en 2005 des principaux réseaux câblés français (notamment NOOS, NTL France, France Télécom Câble …) engendrer d’importantes tensions sociales. Mais est-ce un réel argument, car le projet Bouygues engagerait des dettes équivalentes et sur le plan social un risque au moins égal à cause des plus fortes superpositions d’activités.

En effet, sur le papier les synergies semblent plus fortes entre Numericable et SFR avec un historique fixe (Câble) et mobile (SFR) plus marqué chez chacun des deux groupes, a l’inverse Bouygues et SFR présentent des recouvrement de métiers et marchés beaucoup plus superposés. Les risques sociaux sont donc probablement dans les deux scénarios aussi forts car le but minimal de ces opérations sera de réduire les coûts fixes sous la pression concurrentielle forte exercée par ILIAD depuis plusieurs années.

De même, la réduction des investissements est à prévoir avec des incidences différentes dans le scénario Numericable le perdant pourra être l’investissement dans la desserte finale en fibre optique jusqu’au foyer (la dessus un flou est savamment entretenu pas Numericable entre sa technologie le FTTLA qui n’apporte pas la fibre à l’abonné car elle est partagée via le câble cuivre coaxial à l’intérieur des immeubles collectifs ou de quartiers résidentiels et les engagements pris par les autres acteurs dont SFR qui s’appuient sur une solution plus long terme de fibre jusqu’à l’abonné le FTTH).

Stéphane RICHARD PDG d’Orange (article La Tribune 7 mars 2014) qui ne cache pas sa préférence au tandem SFR-Bouygues qui permettrait de réduire la pression concurrentielle sur le mobile, met en avant le risque d’une fusion avec Numericable pour le déploiement du FTTH en zone conventionnée (ex zones « AMII » : 3500 communes et 57% de la population) sous la forme d’une menace de contentieux à peine voilée : « Dans le cas de SFR-Numericable, le marché mobile n’est pas concerné mais cela bouscule la donne dans le très haut débit en faisant entrer le câblo-opérateur dans le plan France très haut débit. Nous avons un accord de cofinancement avec SFR dans la fibre optique et il n’est pas prévu que nous nous substituions de façon automatique et généralisée en cas de défaillances. Nous pourrions, ainsi que les collectivités, demander des dommages et intérêts. Numericable a pris des engagements en matière de déploiement du très haut débit, il faudra voir comment cela serait mis en œuvre. »

La fibre jusqu’au domicile est une rupture technologique de long terme qui peut avoir des incidences forte pour l’ensemble de l’économie française. Son rythme de déploiement et de commercialisation ne sont donc pas un élément neutre qui dépasse de loin les seuls intérêts des acteurs du secteur des telecoms. C’est un vrai choix de politique industrielle, d’aménagement du territoire, de modernisation des PME (généraliser rapidement le CLOUD à des tarifs compétitifs et avec des solutions très performantes) et de développement de la filière numérique pour faire du marché intérieur français un levier à l’export.

Le choix de Numericable ou de Bouygues comme partenaire dépasse donc les seuls intérêts des actionnaires de SFR. C’est pourquoi sous la houlette du gouvernement les discussions plus que jamais s’intensifient (article des Echos 2 mars 2014)

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03 Mar 2014