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mercredi 26 mai 2010 |
Interview Stéphane Lelux dans la newletter de Manche Numérique Juin 2008
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Notre cabinet depuis près de 15 ans a pour principale activité l’assistance des décideurs publics dans la définition de leur stratégie et l’assistance au montage de projets visant au développement économique et à l’aménagement numérique des territoires. Nous travaillons également au niveau des politiques gouvernementales et auprès des autorités de régulation en France et à l’Etranger. Dans un marché en forte consolidation aujourd’hui, quels sont les enjeux pour une collectivité ? Quels sont les moyens d’action ? Dans un monde où l’économie se mondialise, chaque territoire se trouve en situation de compétition. Pour défendre ses intérêts et tirer au mieux parti de cette donne nouvelle, chaque territoire doit renforcer sa dynamique et son attractivité. Il est donc important d’établir un diagnostic et une stratégie territoriale pour notamment analyser ses atouts et faiblesses, en particulier les filières économiques, les savoir-faire locaux et son potentiel (infrastructures, populations, formations, enseignement supérieur, recherche). Tous ces éléments contribuent à structurer son positionnement et son avenir. Le numérique est l’une de ces composantes clés. En effet, la filière numérique représente plus de 800 000 emplois en France. C’est l’un des secteurs les plus créateurs d’emplois dans les prochaines années (plus de 200 000 d’ici 4 ans). De même, plus globalement une meilleure utilisation du numérique dans l’ensemble des TPE et PME est un atout pour la compétitivité et la modernisation de toute l’économie locale. Nous savons par exemple que les PME françaises ont un retard de près de 30% dans leur investissements numériques sur leurs concurrentes germaniques ou américaines. La compétitivité et de la performance des infrastructures de communication électroniques, la dynamique de l’offre des services télécoms, l’appropriation des TIC par les agents économiques locaux (TPE, PME, population, services publics) tous ces éléments, doivent être perçus comme des enjeux de la compétence des collectivités locales. Ce n’est ni un phénomène de mode, ni une problématique que le marché doit traiter seul. C’est stratégique et structurant pour le long terme bien plus peut-être même que le sont devenues les autres grandes infrastructures (électricité, route, eau, ferroviaire). Lors d’un récent symposium organisé par Acome, vous avez été primé pour votre intervention sur la « net neutrality ». Pourriez-vous nous donner un aperçu de la problématique ? Cette manifestation a été très enrichissante, car elle a permis de rencontrer de très nombreux experts et acteurs des télécoms sur le thème clé du très haut débit. J’ai souhaité à cette occasion sensibiliser les décideurs privés et publics sur les conséquences d’une absence d’ouverture des réseaux de nouvelle génération. Pour cela, il me semble très important d’aborder la question sous l’angle des emplois qui pourraient être créés si l’on privilégie l’ouverture des réseaux à la constitution d’oligopoles intégrés maîtrisant toute la chaîne de valeur depuis les infrastructures jusqu’aux contenus et services. En France, les opérateurs télécoms réduisent leurs effectifs d’environ 6000 emplois par an en moyenne depuis le début de la décennie et cela va continuer. A l’inverse les acteurs des services en réseaux, éditeurs de logiciels et SSII sont fortement créateurs d’emplois. La question est donc de savoir comment créer un écosystème le plus favorable à l’emploi pour notre économie. Face à la compétition internationale nous n’aurons pas des dizaines de secteurs dans lesquels notre compétitivité et savoir-faire pourra faire face aux assauts des économies émergentes ou concurrentes. L’enjeu des infrastructures très haut débit et en particulier de l’arrivée des réseaux FTTH (Fiber to the home : la fibre à domicile) doit donc à mon avis être regardé non pas sous l’angle du coût que représente ces investissements mais sous l’angle des conséquences d’un modèle ouvert ou fermé. Si les opérateurs télécoms agissent dans un cadre dérégulé et sans tenir compte de la nécessité de séparer au moins fonctionnellement le plus possible les infrastructures et les services, alors le passage à la fibre optique conduira à une intégration verticale plus forte entre les réseaux et les services, verrouillant plus que jamais le marché des services entre les mains de 2 ou 3 grands acteurs comme c’est déjà le cas depuis plus de 10 ans dans les mobiles (oligopoles avec un retard dans le développement de la concurrence dans les services au profit des marges très élevés). Eric Besson a récemment lancé les assises du numérique. D’ici la fin du mois de juillet, un plan d’action sera proposé pour que la France se lance pleinement dans l’économie numérique. Que peut-on espérer d’une telle concertation nationale ? Je trouve que cette initiative et la nomination d’un secrétaire d’Etat en charge du Numérique est une excellente chose pour tous ceux qui comme moi au sein de l’association Renaissance Numérique (Think tank français des acteurs de l’internet) plaident pour un renouveau économique français tirant mieux parti du numérique. J’espère que fin juillet seront établies les bases d’une véritable stratégie numérique ambitieuse pour la France. Je pense que le manque de moyens de l’Etat ne doit pas avoir pour conséquence un manque d’ambitions ou se traduire par le transfert vers les opérateurs privés de la charge d’une stratégie nationale. En effet, demander par exemple à France Télécom (ou ses concurrents) et à ses actionnaires privés autre chose que défendre leurs intérêts est une gageure. Il ne faudrait pas que nos gouvernants bradent notre stratégie de cette façon. D’autres solutions existent pour mobiliser des montages neutres et ouverts avec des fonds privés et des partenariats publics (exemple un nouveau mandat pourrait être donné à la CDC pour mener à bien cette ambition). En effet, de véritables modèles économiques existent si l’on veut déployer dans notre pays une infrastructure neutre et ouverte favorable au foisonnement de l’offre de services et de l’emploi dans nos territoires. Faut-il encore le vouloir, en avoir le courage et prendre les décisions qui le permettront. D’ici fin juin, le débat sur la loi de modernisation de l’économie, comme les différents ateliers des « assises numériques » sont des occasions à ne pas manquer, pour tous les élus locaux et parlementaires, pour faire remonter cette préoccupation auprès du gouvernement. |